Carcajou

Eldiablo,

Sarbacane

  • Conseillé par (Libraire)
    18 mai 2024

    Intrigue à tiroir mêlant secrets, corruption, vengeance et violence dans une petite communauté, le tout sur un fond de western.
    Dessin et mise en page tout en dynamisme.
    On n'en dit pas plus pour ne rien dévoiler ce qui est déjà dans nos gros coup de coeur BD 2024.


  • Conseillé par (Libraire)
    2 mai 2024

    UN WESTERN SI DIFFERENT

    C’est un sacré gusse. Normal il s’appelle Gus. Gus Carcajou exactement. Il a du sang indien Nakoda par sa mère et du sang de blanc par son père. Il est du genre à se balader avec une peau d’ours sur le corps, un genre à éviter le soir au coin de la rue ou même dans un saloon. Pas trop fréquentable. D’ailleurs, lui ne fréquente personne. Il a récupéré une colline ayant appartenu à ses parents. Il a construit une baraque en bois et vit de pêche et de chasse. Il ne demande rien à personne et on ne lui demande rien. Jusqu’au jour où la fièvre de l’or s’éteignant, l’or noir remplace l’or jaune, et de l’or noir la colline de Carcajou en recèle. Beaucoup même. De quoi éveiller l’envie de Jay Foxton, le notable de la ville, cynique et cruel. Il a un frère aussi, un peu simplet, un peu « différent » comme l’est Carcajou. Deux êtres à part dans une petite ville canadienne de la fin du 19 ème siècle, cela fait beaucoup, cela fait trop. Alors quand deux petites filles sont retrouvées assassinées, la foule a deux assassins potentiels et elle a vite envie d’en lyncher un. Le frère du potentat local ou le chasseur asocial ? Le choix sera vite fait.

    Cela ressemble aux codes du western, un méchant, Jay Foxton représente l’archétype de l’entrepreneur sans scrupule qui annonce les débuts de l’industrialisation et du capitalisme. Le maire, sans regard sous ses lorgnons au début, avant peut être d’ouvrir les yeux, est le premier homme de main du notable brigand, tout comme le shérif, un ami d’enfance qui a derrière ses grandes oreilles écartées, de méchants souvenirs qui lui reviennent parfois. La tenancière du saloon, personnage obligé, s’appelle Squireel. Jeune, elle a quitté la ville avant de revenir. Pour oublier ou pour se venger. Qui sait? Ce sont bien ces histoires d’avant, grises comme la monochromie des pages du passé, que nous allons découvrir progressivement grâce à un scénario magnifiquement ficelé, qui dépasse la genre pour embrasser de multiples thèmes et rendre finalement l’album inclassable ou plutôt multiple.

    Comme un polar, nous avons envie de tourner les pages pour connaître le dénouement, l’histoire dans sa globalité et savoir si les méchants seront punis, même si aucun personnage n’emporte une empathie totale, chacune et chacun possédant sa face sombre. Pas de héros, de justicier loyal et sans reproche.

    Comme dans un western, les armes font la loi, la loi du plus fort. On y boit du whisky hors d’âge au saloon, on tue et on assassine impunément quand on est riche. Une version du Bon, de la brute et du méchant. Mais sans le Bon. Avec juste des brutes et des truands.

    Comme dans un roman de science-fiction, le surnaturel fait parfois irruption dans ces contrées lointaines coupées du monde. Cette région du Canada est le lieu idéal pour que surgissent les fantômes, ceux des ancêtres, les Wendigos, ces créatures surnaturelles, maléfiques et anthropophages, issues de la mythologie des Amérindiens algonquiens. Même le Diable, qui peut avoir l’allure d’une silhouette humaine revêtue d’une peau d’ours, rôde et tue. Il émerge parfois dans des dessins souvent rougeoyants. Il hurle de rage dans des cases brusquement élargies, où comme dans un film de Sergio Leone, les gueules des crapules vous sautent à la figure.

    Comme dans un film fantastique, l’irrationnel se transforme en folie meurtrière quand les sens n’ont plus aucun sens, quand la peur devient frayeur et la raison se mue en folie.

    Carcajou mélange les genres mais aussi les sentiments: amour, haine, vengeance, histoire familiale, féminisme, handicap, écologie, la liste est longue des thèmes introduits dans une histoire qui demeure avant tout haletante et magnifiquement illustrée. Deux cents pages immersives et que l’on ne peut quitter en songeant qu’il n’y a aucun délai pour l’accomplissement de la justice. La justice dont on découvre le visage à l’ultime page.