Fabien Nury & Brûno – L’Homme qui tua Chris Kyle

Chris Kyle est un héros comme les États-Unis les aiment tant. Snipper chez les Navy Seals, il abat 160 cibles durant la seconde guerre en Irak et est décoré à ce titre. Il a sa conception du rôle du tireur d’élite et en excellent soldat a à coeur de mener ses missions à son terme.

Chris Kyle a réellement existé. Il a fait l’objet du film American Snipper de Clint Eastwood et s’est fait tuer par balles, dans son pays natal, bien après la fin de ses obligations militaires. Chris Kyle est également le sujet de cette nouvelle bande dessinée qui réunit de nouveau Fabien Nury au scénario et Brüno pour le dessin après une adaptation d’Atar Gull d’Eugène Sue et trois volumes du plus pulp Tyler Cross.

Le tandem s’empare de cette histoire récente non sans énoncer en préambule que l’œuvre que l’on s’apprête à découvrir n’est qu’une interprétation possible des faits s’étant déroulés. La documentation du duo impressionne. Sans aucune lourdeur, grâce à une écriture économe et dynamique, un trait (faussement) simple et une mise en page aérée, le lecteur prend connaissance des différents évènements vécus par Chris Kyle tant au niveau psychologique, conjugal mais aussi médical ou médiatique. Le tout ne s’arrêtant pas au meurtre du vétéran, mais continuant jusqu’à l’écriture du livre.

Chris Kyle, lui même a écrit un livre racontant son parcours militaire. Ce livre est bien entendu évoqué ainsi que les actions de son épouse après l’assassinat, ou encore l’adaptation cinématographique par Clint Eastwood. Le déroulé des émissions télévisées auxquelles les différents protagonistes ont participées sont également représentées, ainsi que la vie quotidienne du héros et son action en faveur des anciens combattants. Bref, tous les sujets sont présents et bien traités.

Planche de l'Homme qui  tua Chris Kyle tua

Mais… Et il y a un mais… Un formidable mais… C’est que ce n’est pas forcément la partie la plus marquante de l’ouvrage. Car ce qui reste en bouche après l’avoir refermé ne concerne déjà plus l’histoire que l’on vient de lire. Ou du moins, les questionnements qui naissent ne se rattachent plus forcément spécifiquement à Chris Kyle.

Car au final, le vrai sujet de ce livre, c’est :  » Les États-Unis : Le pays de la liberté, sa représentation de la violence et son culte des armes ». Et c’est là que les auteurs font le plus fort. Adoptant une attitude de témoin, sans jamais porter de jugement, se limitant à la représentation des faits, reproduisant des propos issus de débats ayant réellement eu lieu, Nury et Brüno jette un oeil clinique sur cette culture.

Les auteurs ne cherchent pas à en démontrer les fondements, ni même les raisons politiques. On restera, en effet, ici bien plus en terre privée voire médiatique. Mais ils montrent que cette culture perdure, qu’elle a des racines fortement implantées et que plus inquiétant encore, elle se perpétue.

On achève le livre sans forcément être à son aise. Encore une fois, les auteurs ne font qu’une photo, ils n’ont pas de remèdes. Mais cette photo est précieuse. Au moins aussi précieuse que celle faite dans Elephant de Gus Van Sant sur la tuerie de Columbine. Bref, les auteurs nous laissent un livre choc, parfaitement exécuté, et dont les questions qu’il suscite chez le lecteur continue à le hanter bien après l’avoir terminé.

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